7 septembre 2007

Christine Albanel envoie de jolies lettres


Henri Taquet, directeur de la Scène Nationale de Belfort, a reçu de sa ministre de tutelle une bien jolie lettre de rappel à l'ordre, que vous pouvez agrandir en cliquant dessus.
En effet, dans l'édito de la nouvelle plaquette de saison 07/08, le directeur du Granit regrette l'election de Mr Sarkozy et s'inquiète explicitement des retombées sur le domaine de la culture.

Anne Hidalgo, secrétaire nationale à la culture et aux medias, intervient avec le communiqué suivant :

Christine ALBANEL, ministre de la Culture et de la Communication, a cru bon
de tancer publiquement le directeur de la scène nationale de Belfort,

Son méfait ? La publication, dans la plaquette de saison de la scène
nationale d'un éditorial, de Benoît LAMBERT, artiste-associé, regrettant
l'élection de Nicolas SARKOZY, et exprimant ses craintes pour les
conséquences qui pourraient en résulter sur la vie culturelle.

En voilà un crime de lèse-majesté! Eh bien, il faut rappeler à la ministre
un principe élémentaire de toute démocratie : la parole des artistes doit
rester libre.

Le scandale n'est pas dans les propos de l'artiste, mais dans le fait que le
pouvoir politique s'en offusque. C'est remettre en cause la tradition
d'indépendance artistique et de liberté d'opinion qui a fondé toute
l'aventure de l'action culturelle et de la décentralisation dramatique
depuis la création du ministère de la culture.

Le nouveau pouvoir entend-il avoir des artistes aux ordres, et des
directeurs d'institutions culturelles soumis? Si tel devait être le cas, le
Parti socialiste se rangera résolument aux côtés des créateurs et de toutes
les femmes et les hommes épris de Culture dans notre pays pour défendre
cette valeur très précieuse, la liberté de pensée et de critique, qu'il
n'appartient pas à la responsable actuelle du ministère de regretter ou de
menacer, mais de défendre, en toute occasion, et en tous lieux, même et
peut-être surtout lorsqu'est interpellée l'instance politique.

On peut en effet s'inquieter de tels agissements de la part de notre ministre et de ses services.
Ceci dit, pour que l'info soit complète, il faudrait pouvoir lire l'edito en question mais je ne l'ai pas trouvé, il n'est apparement pas sur le site du Granit...

4 commentaires:

Jul a dit…

Magali vient de me filer le fameux edito :

L’ÉDITO

Cher Henri*,
Je t’écris un peu en catastrophe, mais je ne m’en sors pas avec l’éditorial pour la plaquette du Granit. Nous sommes le 31 mai, Élise* m’a demandé le texte pour le 5 juin, et je suis totalement bloqué. J’ai essayé plein de trucs, y’a rien qui va. Le problème, évidemment, c’est l’élection de Sarkozy. Je t’avais dit que je voulais attendre le résultat, parce qu’il influerait certainement sur ce que j’aurais à dire. Et aujourd’hui encore, ça me semble totalement impossible de ne pas en parler, ou de parler d’autre chose, ou de faire comme s’il ne s’était rien passé. Mais en même temps, je dois me rendre à l’évidence : cet événement, pour l’instant, je n’ai rien à en dire. Alors on peut penser : c’est le choc, la détresse, l’émotion blabla. Mais ce n’est même pas ça. C’est juste que c’est trop tôt pour avoir quelque chose à dire. Et donc, assumer une tribune publique, aussi confidentielle soit-elle (on ne va pas se raconter d’histoires), dans ce moment précis, c’est impossible pour moi. Tu te souviens du texte de Deleuze dans Ça ira quand même : « La bêtise n’est jamais muette, ni aveugle. Si bien que le problème n’est plus de faire que les gens s’expriment, mais de leur ménager des vacuoles de solitude et de silence à partir desquelles ils auraient enfin quelque chose à dire. Les forces de répression n’empêchent pas les gens de s’exprimer, elles les forcent au contraire à s’exprimer. Douceur de n’avoir rien à dire, droit de n’avoir rien à dire, puisque c’est la condition pour que se forme quelque chose de rare ou de raréfié qui mériterait un peu d’être dit. »
Tu penseras peut-être que je me cache derrière Deleuze pour me défiler. Évidemment, je sais que cet événement – l’élection de Sarkozy – peut avoir des conséquences profondes, et probablement désastreuses, sur le cours de nos existences. Nous devrons sans doute modifier nos pratiques, nos manières de faire du théâtre, non pas pour « résister » (tu sais ce que je pense de l’emploi très abusif de ce mot), simplement pour répondre. Mais en même temps, là, tout de suite, je n’ai pas très envie de donner mon petit avis personnel sur l’accession au pouvoir d’un président démocratiquement élu moins d’un mois après l’événement. Un moment, j’ai pensé écrire un texte un peu déconnant, comme celui pour la présentation de We are la France. Mais c’est pour le spectacle, c’est très différent. Là, pour l’édito, j’ai pas très envie de déconner. Alors, bon, essayer de parler d’autre chose ? Je t’ai dit, j’ai essayé, je n’y arrive pas. J’espère que ma lettre ne t’alarmera pas sur mon état. Rassure-toi, je vais bien, et même, depuis le 6 mai, je vais mieux. Pendant presque cinq ans, j’ai vécu (comme beaucoup de gens) avec l’angoisse de voir Nicolas Sarkozy devenir président de la République. Depuis le 6 mai, cette crainte s’est envolée : Nicolas Sarkozy est devenu président de la République. Il n’y a plus lieu de redouter l’événement dès lors qu’il a eu lieu. La seule question, comme toujours, c’est : comment faire avec ? C’est une question joyeuse, au fond, très roborative en tout cas. Mais je vais mieux aussi parce que depuis le 6 mai, des choses très concrètes se sont améliorées dans ma vie. J’ai par exemple découvert que mon voisin, avec lequel j’entretenais des rapports tout juste polis, n’a pas voté pour Nicolas Sarkozy. Du coup, non seulement ça simplifie les questions de clôture et de mitoyenneté, mais en plus, s’il a besoin, je suis prêt à lui garder son chien. Je sais que je te préviens bien tard, et qu’il te sera difficile de te retourner pour l’édito. Je me suis dit, en catastrophe, qu’on pouvait peut-être mettre un poème d’Aragon. Ou un texte de Massera. Ou un mot bien senti d’un père fondateur sur la liberté irréductible du théâtre (genre : « le théâtre c’est bien », signé Jean Vilar). Ou du Bourdieu. Ou du Foucault (ou un autre soixante-huitard bien suspect, hahaha). Ou une photo de Lénine. Ou alors, en hommage à Alstom, les paroles de Joe Dassin : « Ça va pas changer le monde».
Ça va pas changer le monde ? Nous verrons bien. Restons groupés, comme dit Xavier*.

Amitiés, Benoît*

*Henri : H. Taquet, directeur ~ Elise : E. Ruysschaert, secrétaire générale ~ Xavier : X. Croci, directeur du Forum culturel de Blanc-Mesnil ~ Benoît : B. Lambert, metteur en scène associé

so (ndlr) a dit…

!
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ça me scie toujours un bras une jambe et la parole ces êtres humains qui disposent d'un chouilla de pouvoir et qui pensent pouvoir tout façonner à leur idée.
encore quelques posts comme ça minijul et je ne réponds plus de moi.
rrrrrrrrhhhhhhhhhaaaaaaaaaa

Simon of the pound a dit…

dans un autre genre, le rugby sert lui aussi de porte drapeau de Nicolas SarK. on sait tous que Bernard Laporte attend l'élimination de son équipe (ce qui ne devrait pas tarder au vu des performances de son équipe - Mais que fait Bernard Viviès?? -)pour rejoindre le ministère de la jeunesse et des sports. Eh bien il n'a rien trouvé de mieux que de faire lire à ses joueurs la lettre de Guy Moquet ( la même que sark a fait lire et qu'il voudrait voir dans la chambre de tous les écoliers français).Liberté liberté chérie...
Moi même je m'apprête à diffuser dans un spectacle le discours de la salle gaveau du 6 mai... Vais je être enfin vraiment censuré?!!!

Grégou a dit…

Je n'ai qu'une chose à dire: Ourf!