24 avril 2008

Maux de minuit

C’est un plateau digne des meilleurs numéros des Grosses Têtes qu’avait concocté Philippe Lefait pour les insomniaques dépressifs qui éventuellement tomberaient par hasard sur l’émission et qui constitueraient, de fait, les seuls téléspectateurs bien chanceux de voir un show aussi frénétique qu’enthousiasmant.

En effet, le casting des invités était plutot rock n’roll puisqu’autour de la chanteuse tibétaine Ani Choying Drolma on pouvait regarder s’ennuyer gentiment l’écrivain Nimrod, Arianne Mouchkine, et surtout Michel et Laurent, venus causer de Juste La fin du monde, et qui ont parcouru un véritable chemin de croix télévisuel.

L’émission commença de but en blanc avec un chant de Ani Choying Drolma particulièrement répétitif et lancinant.
Celà dura un bon quart d’heure et les plans de coupe trahissaient une écoute certes très polie de la part des invités, mais on a pu voir le regard a prime abord plutôt concentré se perdre un peu au loin vers des abîmes de réflexion.
Dans le regard de Laurent on pouvait presque lire sa liste de courses, quant à Michel on voyait bien que tout en observant les invités un par un et de haut en bas, il tentait de préparer des choses à dire au cas où on lui demande de commenter le fameux chant qui, c’était de plus en plus clair, ennuyait tout le plateau. Le chant n’en finissant pas, les têtes se baissaient de plus en plus. Laurent réfléchissait probablement à la recette qu’il pourrait faire avec ses courses, quand à Michel, il continuait de fixer Philippe.

Puis, quand Ani Choying Drolma finît son interprétation, on sentit un tel soulagement que Philippe obligea tout le monde à applaudir pour meubler, le temps que tout le monde se réveille un peu, surtout Arianne, qui a bredouillé les yeux mi-clos que si elle avait pas applaudi, c’est qu’elle avait senti que Ani n’en avait pas besoin. Je n’avais jamais pensé à cette excuse qui bien qu’osée peut s'avérer très pratique en cas d’endormissement au théâtre.

L’émission commença vraiment avec l’interview d'Ariane, toujours aussi avenante qu’une tenancière d’orphelinat soviétique. Il faut dire pour sa défense que Philippe Lefait lui a quand même posé les questions les plus inintéressantes possibles à son sujet : “c’est vrai que vous déchirez toujours les billets vous même à l’entrée ?” “C’est vrai qu’à Avignon vous arrosez les pieds des spectateurs quand il fait trop chaud ?” et surtout “C’est vrai qu’au Théâtre du Soleil tout le monde est payé pareil ?”, bon là elle était un peu gênée parce que la cartoucherie est une usine à stagiaires, donc elle a juste dit qu’en gros ceux qui faisaient la même chose étaient payés pareil.
Elle s’était également collé sur le bide un autocollant rouge, mais avec les déformations et la brillance on arrivait pas à lire tout de suite. La LCR ? La CGT ? une carte Velov’ ?... En fait, c’était un tract au sujet de la défense des Droits de l’Homme en Chine et au Tibet.
On a également vu un extrait de documentaire montrant la mère Thenardier du spectacle vivant expliquer devant une classe de CE2 tétanisés les subtiles difficultés qu’impliquent un dispositif scénique multifrontal, autant vous dire que ces gamins n’iront plus jamais au théâtre de leur vie.

Philippe, pour assurer à son émission un rythme enlevé et captivant, aime bien demander à ses autres invités de dire ce qu’ils pensent de celui qui vient de parler. On sent bien que cette épée de Damoclès pèse au dessus de la tête de chacun des invités. Chacun craint, comme un élève de Terminale d’être appelé au tableau, de se retrouver apostrophé pour un commentaire impromptu.
C’est tombé sur Michel qui a alors fait sa première longue intervention dans l’émission. Pour répondre à Philippe au sujet d’Ariane, il a sorti une réponse que l’on pourrait résumer par “c’était vachement bien y’a longtemps et j’en ai plutot des bons souvenirs de ces vieux spectacles, mais bon vu que j’ai pas remis les pieds à la Cartoucherie depuis 15 ans j’ai rien à dire, je vais plutôt évoquer le fait que c’est une femme de convictions et que ça quand même c’est la classe.”
Elle a alors fait un sourire poli (genre comme si elle venait de se brûler), mais on sentait bien qu’elle aurait préféré une éloge de ses dernières productions.
Laurent, quant à lui, se demandait quel plat il allait utiliser pour sa recette.

C’est à ce moment là que j’ai fait une avance rapide en x8 parceque j’allais quand même pas me taper les interviews de Nimrod et Ani Choying Drolma...
Cette avance rapide laissait toutefois entrevoir de délicieux plans de coupe dont les sujets accusaient la fatigue, on voyait les cernes apparaître et les corps s’avachir.

Puis vint le tour de Juste la fin du monde.
Philippe introduit un peu le truc sur Lagarce et attaque direct avec une question à Laurent, qui manifestement ne s’y attendait pas puisqu’il était en pleine conversion de temps de cuisson dans sa tête, à savoir le rôti de boeuf certes c’est 15mn par livre, mais en kg, ça fait combien, donc autant vous dire que sur l’entrée de Lagarce au répertoire, il a dit 5 phrases qui étaient en fait les mêmes mais avec l’ordre des mots qui change.
Ca a donné un truc du style “Oui, euh, c’est important que Lagarce rentre au répertoire de la Comédie Française, parce que c’est une entrée au répertoire, euh, et un auteur comme ça, je trouve que c’est important que ces textes soient joués au Français, car je pense que l’entrée au répertoire, comme on dit à la Comédie Française, de Jean-Luc Lagarce, c’est important.”

Du coup, Philippe s’est reporté sur Michel qui arborait un petit sourire coquin. Il avait manifestement quelques phrases d’avance dans sa tête et pouvait attaquer l’interview tranquille en plaçant dans les recoins de ses premières phrases des gentillesses envers Muriel ainsi que le nom du Point du jour.

Après, Philippe a lancé un magnéto, un extrait du spectacle.
Puis le drame arriva.

La fin de l’enregistrement.

La chanson du début d’Ani Choying Drolma a en effet quadruplé le temps de l’émission, et Michel et Laurent passant en dernier, ça a coupé !...

Michel va-t-il s’en sortir aussi bien avec toujours quelques phrases d’avance ?
Laurent va-t-il réussir à oublier quelques minutes son rôti ?
Quel invité va se retrouver à devoir commenter les propos de Michel, et qu’en dira-t-il ?
Ariane sourrira-t-elle ?
Et surtout, cette émission aura-t-elle une vraie fin ?

Heureusement y’a une rediff, mais à une heure encore plus hallucinante, genre 4h du mat, donc c’est pas gagné pour avoir la suite de ce passionant récit.


DERNIERE MINUTE : Regardez le zapping de Canal+ d'aujourd'hui, Michel y figure avec la cascade du verre !

-> Le Site des Mots de Minuit.

5 commentaires:

gette, frustrée a dit…

HAN!!! Mais c'est un suspense insoutenaaaaaaaable!!! Que BIBILUIMEME vienne vite satisfaire ici notre avide curiosité!!!

maman a dit…

julien !!"finissa" c'est pas possible .........

Thomas a dit…

Allez, pour vous, juste là, en cliquant sur ce lien, et en s'approchant au mieux de la 4ème minute et de la 15ème seconde, en ce zapping du 24 avril (dans la fenêtre à droite de la vidéo), juste là, coincée entre la "nouvelle truie" et l'éléphant énervé, vous trouverez note "dinosaure" du théâtre !!!
http://www.canalplus.fr/index.php?pid=1830

Jul a dit…

Merci Thomas pour cette contribution !

filip traumatisé a dit…

Très juste compte rendu, j'ai pu aussi voir cette émission (c'était la première et dernière fois !) Michel, laurent je compatis : ça devait être un véritable tunel vers la mort ! (pire que vivement dimanche, c'est dire !)